• « La maison n'est pas belle, la maison n'est pas propre, la maison n'est pas rangée. La serrure est cassée. Mon père l'a brisée une nuit, de trois coups de pied. ».
    Toute fin des années 60, début de l'été. Une petite ville morne des Alpes surplombée par une montagne au sommet de laquelle une énorme statue de la Vierge veille sur la vallée.
    Au sein d'une famille dévastée, le père se suicide régulièrement en avalant tous ses cachets de Belladone. La mère est autoritaire. L'aîné, égoïste et brutal, est obsédé par la préparation d'une compétition sportive dont dépend, croit-il, tout son avenir. La soeur cadette, elle, est réduite au silence.
    Comment exister dans ce petit univers étouffé par la violence ? Par où fuir ? Comment s'échapper ? Dans ce court roman noir écrit au cordeau, le narrateur, dernier des enfants de la famille, fait vibrer sa mémoire tout en cherchant une issue vers la liberté.

  • Des forages verticaux dans la mémoire. Souvent l'autobiographie ça s'étale, ça tartine, ça se Chateaubriand. Pas de ces lyrismes chez Hervé Bougel : c'est un homme à son établi ; un manuel de la pensée qui serre le temps entre ses outils. Le temps collectif : dans Petites Fadaises à la fenêtre, 365 jours durant, il en avait livré des relevés millimétrés en rapportant le monde entier aux quelques m2 de trottoir visibles du haut de sa fenêtre. La mémoire ouvrière, les aléas, les emballements du coeur, de la jeunesse et les désillusions parmi les besogneux de la vie, jadis évoqués en récit dans Les Pommarins (cette première expérience de l'usine), constituent aussi la matière brute de Travails, le point de départ des prospections. Mais là c'est radicalement autre chose. Vers ces gisements de mémoire, l'autobiographie verticale traverse la matière du temps : bouts d'objets perdus, lieux disparus, restes de refrains, de paroles, femmes et hommes et morts dans leurs noms, sédiments de l'amitié, etc. Des poésies.

  • En Mai 1968, cinquante ans plus tôt, dans la capitale il en était sur les barricades ; d'autres en province, c'est ainsi que l'on nommait les régions à l'époque, usaient leur culotte sur les bancs de l'école, loin des « CRS SS » ou des « Sous les pavés la plage » et tentaient vaille que vaille de vivre au jour le jour.
    C'est ce que raconte ce bref récit, compact et dense comme ces pavés qui furent lancés pour un monde qui se voulut meilleur.

  • Clandestine

    Hervé Bougel

    « Le lundi 21 juin dernier, je me suis rendu sur la tombe de Patricia dans le petit cimetière de Rochefort-sur-Loire, non loin d'Angers. J'en avais le projet depuis des années. »

  • De sa fenêtre une sentinelle insomniaque, poète sans le dire, guette la rue. Sa rue. Chaque jour, au rythme des quatre saisons, il délivre ce qu'il nomme " fadaises ", un dire-bref, quelques lignes, peu de mots, à propos des tramways qui ferraillent, des commerces, des passantes, des fenêtres éclairées, des voisins qui observent à leur tour... Un théâtre animé, changeant au gré des coups de vent, des feuilles mortes, de la neige et des nuages fuyants. Un trait âpre et juste qui embellit ou surprend et fait rêver.

    17 juillet L'Austin noire garée tous les soirs sous la fenêtre appartient, je le sais à présent, à une dame aux cheveux orange, coiffée d'une crête. Ses talons claquent du bec.

    15 octobre La neige, cette nuit, a approché Belledonne, vague immature, échouée sur la rondeur des collines.

    26 décembre L'on entend hurler les tôles du froid. Accrochées par des pinces grises aux gouttières, elles tiennent, meurtries.

    31 mars Revoici les longs soirs ; dans l'air rendu souple par la douceur nouvelle des heures, flotte l'humeur des pollens.

  • Hervé Bougel se met dans la peau du coureur cycliste L. Ocana, vainqueur du Tour de France en 1973. Il raconte, à la première personne, son enfance espagnole, son apprentissage du métier de bûcheron, son premier vélo, sa rage d'en découdre avec Eddy Merckx, son triomphe et sa chute dans le col de Menté.

  • Préfacé par Roland Tixier et illustré par Hubert Daronnat, dépeint le milieu ouvrier dans les années 70.
    L'auteur raconte une période de sa vie où il a travaillé dans une usine, où les conditions de travail n'étaient pas évidentes. De sa plume habillée de mots vrais, parfois crus, parfois tendres, parfois durs, mais derrière lesquels le poète n'est jamais bien loin, il décrit une réalité d'une époque où hommes et femmes prennent vie, à travers une galerie de portraits, dans ce qui faisait alors leur quotidien.
    On suit ce jeune homme à peine sorti de l'adolescence qui entre dans cette vie dont il n'a pas vraiment rêvé et qui pose un regard observateur sur ce qui l'entoure...
    Comme toujours l'écriture d'Hervé Bougel va à l'essentiel, sans fioriture, mais suffisamment puissante pour projeter notre imaginaire là où il veut que nous allions...

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