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Macula
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« Aucun animal - on peut le dire sans exagération - n'est pour l'homme [...] un compagnon aussi fidèle, en règle générale importun, et même dans certaines circonstances insupportables, que la mouche commune (musca domestica) [...]. Nous connaissons tous ses défauts, ses intrusions agaçantes, sa gourmandise et son besoin de tout salir ; personne ne saurait vanter une seule de ses qualités ». Voici comment, en 1877, Alfred Edmund Brehm décrit cet insecte parfaitement impopulaire, qui nous importune et nous dérange. Depuis l'Antiquité, une véritable littérature de condamnation s'est établie à l'encontre de ces insectes sans défense au point de les utiliser à contre-emploi pour désigner quelqu'un d'inoffensif : « Il ne ferait pas de mal à une mouche ! »
Peter Geimer brosse une histoire culturelle de cet insecte apparemment superflu. Au fil des chapitres, le lecteur découvre l'étonnante richesse du monde des mouches tout comme l'agacement ou la répulsion qu'elles peuvent susciter chez l'humain. On découvre ainsi la fascination pour son appareil visuel (en particulier dans l'histoire du cinéma, de la télévision et de la photographie), son rôle central dans la recherche sur les gènes, en passant par ses différentes représentations picturales.
Dans ce texte renseigné et plein d'humour, l'auteur écrit : « Le pouvoir des mouches se mesure à leur insouciance stoïque. » Depuis des siècles, cet insecte est l'objet d'attributions tout à la fois magiques, méprisantes et parfois haineuses. La force de cet ouvrage réside dans les différences d'échelles - une toute petite bête peut engendrer un vrai carnage - et les variations de tons - charmantes gravures de différentes espèces, court-métrage réalisé du point de vue d'une mouche ou Vanités du XVIIe siècle. -
L'art, c'est la vie. Else von Freytag-Loringhoven critique de Marcel Duchamp
Eric Fassin, Joana Masó
- MACULA
- 6 Novembre 2025
- 9782865891719
Ce livre articule histoire de l'art, histoire culturelle et théorie féministe autour de la première monographie en français sur l'artiste et écrivaine Else von Freytag-Loringhoven (1874-1927).
Else von Freytag-Loringhoven, surnommée « la Baronne » par l'avant-garde new-yorkaise, longtemps oubliée, a été redécouverte depuis quelques décennies. Plus récemment, on a même voulu lui attribuer Fontaine, le célèbre urinoir de 1917 signé R. Mutt - il a depuis été établi que ce n'est pas le cas. Sans chercher à remplacer un auteur, Marcel Duchamp, par une autrice, EvFL (sa signature), Éric Fassin et Joana Masó interrogent, à partir du féminisme, la figure même de l'auteur.
Les contemporains admiraient cette baronne allemande sans le sou pour sa manière d'incarner Dada, dans son travail de modèle comme dans ses performances vêtue des costumes qu'elle confectionnait avec des objets trouvés. Elle fut la première à proposer une célébration critique de la vie dans l'Ulysse de Joyce, que The Little Review publiait à côté de ses poèmes avant qu'un procès n'y mette fin. Elle y développa aussi une critique amoureuse, mais virulente, du poète William Carlos Williams ainsi que de Marcel Duchamp à l'époque du Grand verre, qui était alors son work in progress. Contre l'avant-garde réunie autour du salon Arensberg, qu'elle accusait de faire abstraction de la vie, EvFL revendiquait l'idée que l'art, c'est la vie - d'une manière très littérale. C'est ainsi qu'en guise d'introduction au recueil de ses poèmes, elle a rédigé le récit autobiographique de sa quête de l'orgasme - ce qui achevait, face à la censure, de les rendre impubliables. -
Leçons de possession. Les archives de la drogue d'Henri Michaux
Muriel Pic
- MACULA
- Patte D'Oie
- 5 Septembre 2025
- 9782865891702
Muriel Pic propose un texte inédit sur les expérimentations de drogues par Henri Michaux (1899-1984) à l'époque où l'on inventait les médicaments psychotropes.
Henri Michaux, écrivain et peintre parmi les plus connus de sa génération, participe à partir de 1955 aux recherches sur les hallucinogènes conduites à l'échelle mondiale. Le noyau dur de ce programme est à Paris et à Bâle : en collaboration avec le Muséum d'histoire naturelle de Paris, les laboratoires pharmaceutiques suisses Sandoz produisent les molécules utilisées à des fins cliniques et thérapeutiques pour les expérimentations à l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne.
La révolution psychopharmacologique aboutit à l'invention de la médication psychotrope et au contrôle chimique du comportement. Cet événement majeur dans l'histoire des sciences est raconté ici du point de vue d'un artiste qui en fut à la fois le témoin et l'acteur.
Muriel Pic se fonde sur les archives inédites des expérimentations sous drogue de Michaux : des notes d'auto-observation d'un incomparable éclat poétique. À partir de ce matériau fascinant, l'ouvrage replace pour la première fois l'oeuvre mescalinienne de Michaux dans son contexte en rappelant que ses textes et dessins nés de la folie volontaire ont d'abord été considérés par les médecins comme des documents scientifiques sur l'hallucination.
Cet ouvrage est richement illustré des dessins de Michaux créés sous influence et de nombreux documents sur la drogue issus de ses archives. -
Violent America : Les films (1946-1964)
Lawrence Alloway
- MACULA
- Le Film
- 17 Octobre 2025
- 9782865891597
Écrit par un critique d'art britannique, Violent America. Les films (1946-1964)
étudie la violence dans un certain type de films américains, soit les westerns, films
noirs, films de gangster, etc. Plutôt que de se focaliser sur le pur langage
cinématographique et de se concentrer sur le montage, le plan panoramique, la
contre-plongée, etc., Lawrence Alloway procède à une étude iconologique des films, s'attachant à
rechercher les conventions régissant les cycles de films sans jamais se fixer sur LE chef-d'oeuvre qui
concentrerait toutes les analyses. Le film est pour lui une oeuvre d'art totale, un Gesamtkunstwerk, qui
n'est pas uniquement l'oeuvre de son réalisateur, mais des acteurs, producteurs, et même du public, dont
les préférences potentielles sont prises en compte pour que le film puisse être un succès. Alloway s'appuie
sur un corpus très étendu de films d'après-guerre, entre 1946 et 1964, pour montrer comment la
thématique de la violence telle qu'elle est montrée dans les films s'est modifiée fortement à cette période,
passant d'une violence presque invisible à un déferlement de sang et de morts. Il faut dire que l'Amérique,
dans ces années-là, sort de la Deuxième Guerre mondiale, de la guerre de Corée, et est au coeur de la
guerre du Vietnam ; c'est aussi l'époque des assassinats des Kennedy, de Martin Luther King.
Si l'ouvrage date de 1971, il n'a rien perdu de son intérêt et de son actualité. Intérêt de lire ce
regard inédit d'un critique d'art britannique qui applique entre autres les concepts de l'histoire de l'art sur
le cinéma américain d'après-guerre. Et actualité de la question de la violence au cinéma, notamment
américain, dont on suit grâce à lui l'évolution dans les films. Cet ouvrage a été publié à l'occasion d'une
programmation de films donnée au MoMA en 1971, mise sur pied par l'auteur, Lawrence Alloway. Cette
programmation a fait date et a rendu populaires, voire iconiques, les films proposés. -
L'apostrophe muette : essai sur les portraits du Fayoum
Jean-Christophe Bailly
- MACULA
- 19 Mai 2023
- 9782865891481
Les portraits du Fayoum sont cette population silencieuse incarnée par des visages que les fouilles ont peu à peu fait sortir des tombeaux. Réalisés dans l'Égypte romaine des trois premiers siècles de notre ère, et relevant à la fois d'une tradition mimétique grecque et d'un accompagnement rituel proprement égyptien, ils n'étaient pas destinés à être vus. Mais depuis qu'ils ont été retrouvés et identifiés, ils n'ont cessé de fasciner. Dispersée à travers le monde, leur énigme reste intacte, nous sommes avec eux devant un seuil : depuis le côté de la mort où ils ont basculé ils nous regardent, les yeux ouverts, comme s'ils étaient vivants. Du coup, via leurs noms, leurs parures, et comme sortis du réseau de bandelettes entourant les momies où ils étaient encastrés, ils nous renvoient à tout un monde qui n'existe plus et qui fut le leur. Avec eux c'est toute l'histoire du portrait et sa relation à la mort qui s'inaugure, dans une douceur étrange et insistante.
Passionné par ces visages, Jean-Christophe Bailly, a tenté, tout en reconstituant l'atelier de pensées qui les a libérés, de rendre transparente la relation que nous pouvons désormais avoir avec eux.
La présente édition reprend celle publiée en 1997 par les éditions Hazan* en lui ajoutant une préface qui souligne l'actualité sans fin reconduite de cet exceptionnel moment où plusieurs civilisations méditerranéennes se sont rencontrées autour d'images qui furent d'abord des gestes d'observance.
* livre traduit en italien (Quodlibet, 1998) et en espagnol (Akal, 2001). -
Dante a laissé treize lettres. Celle qu'il envoya en 1314 aux cardinaux italiens, en particulier aux cardinaux « romains de Rome », réunis en conclave à Carpentras pour élire le successeur de Clément V, revêt une importance particulière. La lettre est conservée dans un seul manuscrit, fruit du travail de copiste du jeune Boccace. Le texte, écrit dans un latin riche en acrobaties linguistiques et syntaxiques et dense en références parfois énigmatiques aux personnages et aux événements de l'époque, a fait l'objet de relectures disparates et d'éditions sans cesse renouvelées depuis un siècle et demi (trois au cours de la dernière décennie). Les difficultés sont généralement attribuées aux erreurs de transcription de Boccace, d'où des tentatives de correction souvent désinvoltes, qui ont défiguré le texte sans le rendre véritablement compréhensible. Pour déchiffrer ce texte, il faut d'abord connaître de première main la période de vingt ans qui va de 1294 à 1314 et les passages cruciaux de l'histoire de la papauté : l'élection de l'ermite Célestin V et son abdication inattendue au bout de quelques mois ; l'avènement de Boniface VIII, vainement combattu par les cardinaux Colonna qui le considèrent illégitime ; la politique de puissance du pape en Toscane et à l'égard de Florence ; ses relations fluctuantes avec le roi de France, Philippe le Bel, dont il subit finalement l'humiliation d'Anagni ; le bref pontificat de Benoît XI, à la recherche d'un équilibre difficile dans le conflit ouvert entre les cardinaux du parti « Boniface » (dirigé par Matteo Rosso Orsini) et les cardinaux du parti « pro-français » (dirigé par son cousin Napoléon Orsini) ; le conclave de Pérouse (1304-1305), d'où fut finalement élu l'archevêque de Bordeaux, grâce à la pression française et à la ruse de Napoléon Orsini : Clément V, qui ne s'est d'ailleurs pas déplacé de France. Connaisseur désenchanté des conflits de pouvoir et des dynamiques de corruption dans les hiérarchies, Dante incarne, avec La Lettre aux cardinaux une nouvelle figure de l'intellectuel, du laïc qui revendique un droit de regard sur l'Église en vertu de sa foi et de sa connaissance des faits. Le poète et homme de lettres se présente ici comme un prophète, fier de proclamer seul et d'en bas ce que tout le monde sait mais que personne n'a le courage de dire. Le texte n'est ni un exercice littéraire ni une lettre ouverte, mais un appel dramatique à ne pas se résigner et à agir au plus vite. Le volume Dante en conclave. La lettre aux cardinaux met à jour une source importante pour comprendre l'histoire de l'Église romaine depuis l'abdication de Célestin V jusqu'à la première décennie de la Papauté en Avignon, proposant en appendice une nouvelle édition critique de la Lettre aux cardinaux.
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Il se pourrait que le rituel du serpent soit la meilleure introduction à l'oeuvre profonde et singulière d'aby warburg (1866-1929), le chemin le plus direct pour atteindre le coeur de sa pensée.
Entreprise à 29 ans, son équipée chez les hopis nous apparaît comme l'expression spatialisée d'un désir incoercible d'échapper aux confinements, aux conditionnements de son milieu et de sa discipline académique : " j'étais sincèrement dégoûté de l'histoire de l'art esthétisante. " pour ce spécialiste déjà réputé du quattrocento, attentif à la grande voix impérieuse de nietzsche, " la contemplation formelle de l'image " ne pouvait engendrer que " des bavardages stériles ".
Warburg passera cinq mois en amérique. il observe, dessine, photographie les rituels indiens. rentré à hambourg, il organise trois projections dans des photo-clubs. puis plus rien. silence. il reprend sa vie de chercheur, publie des essais qui feront date : " art italien et astrologie. " (1912), " la divination païenne et antique dans les écrits et les images à l'époque de luther " (1920), etc. l'épisode indien est oublié, refoulé.
Mais voici qu'en 1923, vingt-sept ans après son enquête chez les hopis, warburg, interné dans la clinique psychiatrique de ludwig binswanger, à kreuzlingen, pour de graves troubles mentaux accentués par la guerre, demande avec insistance à prononcer une conférence. alors ressurgissent devant soignants et malades tous les détail du voyage américain : danses, sanctuaires, parures, gestes, habitats, dessins, rencontres ; mais aussi la chaîne d'associations qui, sur le thème ambivalent du serpent - cruel avec laocoon, bénéfique avec asclépios, séducteur et mortifère avec les nymphes serpentines de botticelli ou de ghirlandaio - n'a cessé d'entraîner warburg d'une antiquité millénaire jusqu'aux pratiques cérémonielles des " primitifs " (et vice et versa).
Du même coup deviennent inséparables dans sa bouche la part de l'oeuvre et la part du rite, la part de " l'énergie naturelle " et la part de " l'intelligence organisée ", la part de l'art et la part de l'anthropologie.
Ce qu'il cherchait, ce qu'il a trouvé chez les hopis, il en prend conscience à kreuzlingen : c'est le point de distance dont il avait besoin pour reformuler son travail, revisiter l'art européen : " après mon retour, écrira-t-il en 1927, je me penchai sur la culture florentine du quattrocento, afin d'examiner sur une tout autre base, plus large cette fois, la structure psychique de l'homme de la renaissance.
" son " pas de côté " dans l'univers " primitif " des indiens a permis à warburg d'en terminer avec l'idée de l'oeuvre comme fin en soi, réduite à la delectatio, de dépasser l'histoire du goût, le connoisseurship, l'attributionnisme, le biographisme, le formalisme restreint de wölfflin. a ses yeux, l'art relève de l'anthropologie culturelle, et rien ne doit échapper aux investigations du chercheur ethnologie, mais aussi astrologie, mythologie, théories du geste, psychologie.
Warburg est par excellence le héraut du décloisonnement des savoirs. introduit par l'historien de l'art joseph koerner, le rituel du serpent s'accompagne du journal tenu par warburg aux etats-unis, d'un texte de son élève et successeur fritz saxl, " le voyage de warburg au nouveau-mexique " (1930), et d'un essai inédit de benedetto cestelli guidi sur warburg collectionneur d'objets pueblos. -
Le Dehors dedans : Averroès en peinture
Jean-Baptiste Brenet
- MACULA
- Patte D'Oie
- 4 Octobre 2024
- 9782865891580
Cet essai sur la représentation du penseur arabe dans la peinture italienne entre les XIVe et XVIe siècles s'appuie sur la lecture d'oeuvres particulières. Il est suivi d'un corpus de textes latins médiévaux témoignant de la querelle théorique que présupposent ces représentations d'Averroès. L'ensemble remet en question l'image de l'Europe chrétienne comme héritière directe de la pensée grecque
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En 2019, Gilberte Tsaï a invité l'artiste italien Giuseppe Penone à donner une conférence à l'adresse des enfants sur sa pratique artistique de la sculpture. Elle explique sa première rencontre avec son travail au détour d'un sentier : « Il y a une vingtaine d'années, je me promenais dans le parc du Domaine de Kerguehennec, en Bretagne, et au détour d'un chemin, j'ai vu une sculpture qui m'a beaucoup émue. Un être humain en bronze était en mouvement vers l'avant, on pouvait voir au sol les traces de ses pas, et son corps était traversé par un petit arbre frêle. Cette oeuvre, apparaissant comme un symbole de la relation entre les humains et la nature, m'a énormément marquée ; comme cela arrive parfois, on tombe en arrêt devant une oeuvre, on se sent très ému, et elle va vous accompagner toute votre vie. C'est la première oeuvre que j'ai vue de Giuseppe Penone, elle s'intitulait Un sentier decharme. » Dans un texte court et précis, Giuseppe Penone explique sa démarche artistique et plus spécifiquement les liens qu'il entretient avec les éléments qui l'entourent tels que l'air, les pommes de terre, les arbres, les courges, les feuilles : « Un travail de sculpture ce n'est pas un travail de parole, c'est un travail de matière, [...]. Mon travail, au fond est un travail d'émerveillement, par rapport à la réalité, par rapport à la matière. » En se concentrant sur la matérialité de la sculpture dans son travail, il nous permet de suivre ses mains et d'entrer - littéralement - dans le bronze, le bois et le souffle du vent. À la fois poétiques et pratiques, ces pages nous emmènent sur les sentiers de l'un des plus saisissants créateurs de son époque.
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La Révolution suspendue : Photographie et presse communiste dans l'Allemagne de Weimar (1918-1933)
Christian Joschke
- Macula
- Transbordeur
- 23 Mai 2025
- 9782865891658
Au milieu des années 1920, l'agitprop des milieux de la gauche radicale développa un langage et des
méthodes qui marquèrent durablement le discours sur la photographie. En plus des
photomontages qui remplissaient la presse illustrée, les mouvements culturels et politiques
s'appuyèrent sur un principe nouveau : la photographie, médium populaire, devait servir la cause
du peuple en lui permettant de produire lui-même les documents de la vie sociale. Selon
l'hypothèse prolétarienne, cet acte de prise de contrôle par les travailleurs de leur propre image
faisait passer les ouvriers du statut de " classe objet " à celui de sujet et acteur de leur propre
représentation. Qui mieux que les dominés pouvaient rendre compte au quotidien des luttes dans
lesquelles ils se trouvaient engagés ? Aussi les travailleurs se saisirent-ils d'appareils
photographiques dans le but de documenter leur quotidien, leur travail et leurs loisirs, plus
singulièrement leur engagement dans le mouvement social. Cette nouvelle méthode d'agitprop,
consistant à déléguer aux ouvriers les moyens de production visuelle, soutenue par l'organisation
d'expositions ou de réseaux d'amateurs ouvriers, s'est étendue à différents pays - l'Allemagne et
l'URSS en premier lieu, mais aussi la Tchécoslovaquie, l'Angleterre, la France, les États-Unis
notamment.
Le présent ouvrage analyse tous les aspects de l'émergence du mouvement d'agitprop par la
photographie. Il commence par exposer l'importance du Secours ouvrier international dans
l'organisation de la propagande communiste avant de s'attarder sur la question spécifique de la
presse illustrée. Enfin, la photographie ouvrière occupe la troisième partie. Y sont analysés les
réseaux, les modes de sociabilité, l'esthétique et le rapport aux agences. Ce mouvement conduit à
faire naître de nouvelles formes de reportage social, et la réflexion théorique sur la photographie
est largement commentée dans les cercles littéraires et journalistiques. À l'arrivée des nazis au
pouvoir, le réseau des photographes ouvriers devient un mouvement clandestin de résistance dont
témoigne par exemple l'édition à Paris en 1933 du Livre brun dénonçant déjà les persécutions
opérées par le régime hitlérien. -
Pour cet ouvrage, Érik Bullot s'est inspiré de notes et de fragments sur le devenir du cinéma du poète Saint-Pol-Roux (1861-1940), écrits dans les années 1930, réunis et publiés par Gérard Macé en 1972 sous le titre Cinéma vivant.
L'ouvrage d'Érik Bullot est composé en trois parties : un essai principal sur le cinéma mental et imaginaire en vingt-quatre images ; un portfolio de 12 images produites par l'IA et un court essai sur l'anti-cinéma. L'auteur emmène son lecteur avec beaucoup de finesse de la préhistoire du septième art (Daguerre) à son histoire (Lumière), pour terminer avec une proposition de post-histoire du cinéma. Par l'insertion de la série de douze photographies, produites en 2024 avec l'intelligence artificielle générative, Erik Bullot se propose d'illustrer le programme visionnaire de Saint-Pol-Roux et ouvre ainsi un dialogue entre les générations et les techniques.
Une certaine actualité en 2025 permettra d'accompagner la sortie de l'ouvrage. En janvier, s'ouvrira une exposition personnelle, Voyages en kaléidoscope, de l'artiste au centre d'art contemporain Le Tanneries, Amilly, où sera présentée sa série de photographies générées par l'intelligence artificielle. Cette série sera également montrée dans l'exposition, Le Monde selon l'IA, au Jeu de Paume du 11 avril au 21 septembre 2025. -
Le photographique ; pour une théorie des écarts
Rosalind Krauss
- MACULA
- 15 Février 1990
- 9782865890279
Rosalind krauss est non seulement l'une des figures les plus considérables de l'histoire et de la critique de l'art moderne en amérique, mais celle dont les préoccupations devraient rencontrer les plus d'écho en france.
Rompue à la tradition du formalisme américain, elle s'en dégagea, sans jamais en renier les acquis critiques, pour fonder en 1976 la revue october, rapidement devenue l'organe essentiel d'un dialogue transatlantique. de fait son oeuvre critique fournit l'exemple même d'un dialogisme en acte, soit qu'elle réarticule un champ donné en y faisant travailler des concepts hétérogènes, soit qu'elle change tout simplement de champ pour y tester l'efficacité ou la précarité de méthodes éprouvées en histoire de l'art.
Venue de la critique des arts plastiques, rosalind krauss s'attaque ici à la photographie. ce déplacement produit d'abord une vérification négative : s'opposant à la pratique courante, elle-même déterminée par le marché, rosalind krauss démontre qu'il est erroné de vouloir penser la photographie selon les critères historiques et taxinomiques qui ont cours pour la peinture : l'univers de la photographie est celui de l'archive et non celui du musée, et on ne peut rien comprendre à atget si l'on n'en tient pas compte au préalable.
Deuxième moment logique : constitution de la photographie en tant que champ spécifique. la réfutation de la catégorie fluctuante de style par l'intervention de la notion d'écriture permet un redécoupage stratégique et fonctionnel de la production photographique de ce siècle, la nouvelle objectivité du bauhaus et la "beauté convulsive" du surréalisme prenant désormais sens l'une par rapport à l'autre.
Troisième moment logique, sans doute le plus important puisqu'il permet un retour critique sur certains mouvements de ce siècle dont l'analyse picturale s'était révélée stérile, par exemple le surréalisme : la photographie devenue modèle théorique et grille de lecture s'abolit en tant que domaine empirique. a l'heure oú l'antithéorie domine, ce livre apporte la preuve qu'il n'est pas de meilleur instrument que conceptuel pour aborder la radicale diversité du photographique. -
Ut musica poesis : poésie visuelle et sonore au Moyen âge et aujourd hui
Nathalie Koble
- MACULA
- 17 Mai 2024
- 9782865891559
De la partition sur la page médiévale à la partition d'opéra prise à la source du lyrisme courtois, en passant par les expériences poétiques qui associent le corps à la voix, le mot à l'image, cet ouvrage met en évidence des filiations peu connues entre les avant-gardes poétiques du second XXe siècle et des corpus poétiques médiévaux. Collaboratif, ce livre réunit des médiévistes et des contemporanéistes, et propose quatorze analyses de cas pour approfondir l'histoire de la poésie visuelle et sonore. Le livre est organisé en trois chapitres ; le premier, « Partitions poétiques, poésies sonores », explore conjointement la façon dont la poésie, de l'époque médiévale à l'extrême contemporain vit hors du livre, transite par les voix et les corps, et la manière dont les supports (manuscrits, livres, revues, rouleaux, partitions, disques, cassettes...) gardent la mémoire et la trace de ces performances. Le deuxième chapitre, « Les yeux des oreilles : poèmes à voir », se concentre sur la poésie visuelle, dans la longue durée. Du brocard de soie perdu, brodé par la poétesse chinoise du IVe siècle Su Hui, aux oeuvres typographiques et tissées de Josef et Anni Albers, en passant par les dessins, rébus et calligrammes des copistes médiévaux, les différents supports accueillent de multiples jeux de lettres, de formes, de formats et de signes qui font de la poésie un terrain d'expérimentations graphiques. Enfin, le troisième chapitre, « Ut poesis musica : scènes courtoises contemporaines », confronte deux opéras récents qui s'emparent de légendes attachées à des troubadours et font littéralement revenir deux poètes médiévaux sur le devant de la scène - L'Amour de loin de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho sur un livret d'Amin Maalouf et Written on skin de George Benjamin et Martin Crimp. Pour réfléchir au lien entre mémoire et performance, poésie et expérience, mais aussi geste critique et invention, le livre s'ouvre aussi à la parole des poètes et des artistes : y figurent trois entretiens, avec les poètes Michèle Métail et Vincent Barras, dont des extraits d'oeuvres sont offerts à la lecture, ainsi qu'avec le metteur en scène Benjamin Lazar, au sujet de sa mise en scène par temps de confinement de l'opéra Written on skin.
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Voici le premier livre en français sur Aby Warburg (1866-1929). Fondateur de la discipline iconologique, créateur du prestigieux institut qui porte son nom, Warburg a compté parmi ses disciples les plus célèbres historiens d'art du siècle : E. Panofsky, E. Wind, F. Saxl...
Avec Warburg, l'histoire de l'art n'opère plus aux confins de l'anthropologie : elle en est une catégorie. Plutôt que leur beauté, il met en évidence l'efficacité des images. Ses mots clés sont : survivance, magie, astrologie, empathie, animisme, totémisme...
À trente ans, en 1896, par un geste raisonné de rupture, il se rend chez les Hopis du Nouveau-Mexique. Étrange parcours mélancolique d'un historien qui va trouver dans les rituels des Indiens pueblos les réponses aux énigmes que lui posait la Renaissance de l'Occident.
À partir de 1924, Warburg élabore avec son Atlas intitulé Mnémosyne une «histoire de l'art sans texte» qui procède par juxtaposition de documents empruntés à tous les champs du savoir, esquisse mystérieuse d'un nouveau type d'exposé et d'exposition, loin des généalogies établies.
L'ouvrage de Philippe-Alain Michaud n'est pas seulement un livre sur Warburg, c'est un livre avec Warburg - dont il prolonge les intuitions en introduisant dans son analyse le daguerréotype, les expériences de Marey, le cinéma primitif, la danse de Loïe Fuller, toutes pratiques qui affleurent dans l'interprétation warburgienne des images et qui en éclairent la singularité.
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Clement Greenberg est le critique d'art américain le plus influent du XXe siècle - et ce livre, son maître-livre. Deux générations d'artistes et d'historiens de l'art moderne en ont tiré une manière de penser et, pour certains, de peindre et de sculpter. Toute la New York Scene s'est définie pour ou contre Greenberg - mais toujours par rapport à lui et, depuis vingt ans, des centaines d'articles polémiques lui ont été consacrés.
Qu'est-ce que l'art moderniste ? Qu'est-ce que le main stream, de Manet à Pollock ? D'où vient l'explosion de l'art américain d'après-guerre ? À quoi tient l'importance de Monet et Cézanne aujourd'hui ? Y a-t-il une spécificité de la sculpture contemporaine ? Faut-il préférer l'art abstrait ? Que vaut la peinture française depuis 1945 ? Kandinsky, Rouault, Soutine, Chagall sont-ils surfaits ? Le cubisme est-il la grande révolution artistique du siècle ?
C'est à ces questions que Greenberg répond dans Art et Culture : trente-huit articles - tous de circonstance - qui sont devenus autant de références pour la critique internationale.
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Conversations avec Cezanne
Emile Bernard, Maurice Denis, Joaquim Gasquet, Gustave Geffroy, Karl-ernst Osthaus, R.P. Riviere
- MACULA
- 15 Avril 1978
- 9782865890002
Cent ans après sa mort, les propos de Cézanne restaient dispersés dans des publications inaccessibles: journaux d'époque, mémoires, plaquettes épuisées.
Propos tenus devant des visiteurs français ou étrangers, peintres, poètes, critiques. Il y est question de Poussin et d'Holbein, de Véronèse et de Chardin, de Monet, Renoir, Pissarro et Gauguin. Mais surtout nous saisissons sur le vif les opinions de Cézanne sur sa propre peinture : éclats d'une langue inimitable, nourrie de concision latine, et comme épousant, dans sa brièveté, le mouvement de la touche.
Ces textes sont rassemblés pour la première fois dans ce volume. Ils sont présentés et annotés par Michael Doran, bibliothécaire du Courtauld Institute of Art de Londres, et spécialiste de la littérature cézannienne. -
Des neuf millénaires d'histoire et d'art que couvrent les collections du musée du Louvre, des confins de l'Indus à la cordillère des Andes, de toutes les matières qui y sont employées, Grégory Quenet s'est inspiré pour faire résonner autrement les enjeux communs de l'écologie. En faisant revivre les mondes de cinq des oeuvres exposées, il tente d'ouvrir des pistes nouvelles, au coeur du musée, pour penser notre rapport à l'environnement - et d'abord à nous-mêmes.
En « un après-midi au Louvre », le passage de l'intérieur à l'extérieur, l'action sur l'environnement en Mésopotamie, les paysages métaphysiques, les animaux du Brésil, le changement climatique, prennent corps dans les espaces et les collections du Louvre, rassemblant des expériences humaines de trente siècles. En prenant en considération les « environnements de l'oeuvre d'art », suivant les termes de Grégory Quenet, ce sont les nôtres que nous pouvons ensuite découvrir.
Laurence des Cars, Présidente-directrice du musée du Louvre -
L'Empreinte de la séduction : Estampes du XVe au XXIe siècle
Nathalie Strasser
- MACULA
- 13 Septembre 2024
- 9782865891603
Les gravures de la collection Jean Bonna complètent à merveille l'ensemble de dessins réunis par lui, qui ont fait l'objet de catalogues raisonnés et de plusieurs expositions, notamment au Metropolitan Museum of Art de New York et à l'École des Beaux-Arts de Paris. Pour le choix de ces estampes, le collectionneur revendique un critère simple : la grâce et la beauté de feuilles qui s'échelonnent sur plus de cinq cents ans. Les maîtres anciens comme Antonio Pollaiuolo et Andrea Mantegna, Albrecht Dürer et Hans Baldung Grien, Lucas van Leyden et Hendrick Goltzius dialoguent ainsi avec Rembrandt et Francisco de Goya, Odilon Redon ou les graveurs suisses Félix Vallotton et Franz Gertsch. Libres ou réunies dans des albums, près de deux cents feuilles sont ici commentées, selon une perspective permettant d'esquisser une histoire de l'image multipliée. Contrairement aux dessins de la collection, ces gravures n'ont jamais été présentées au public et cet ouvrage est donc l'occasion de découvrir un ensemble d'épreuves souvent inédites.
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La ressemblance informe ; ou le gai savoir visuel selon Georges Bataille
Georges Didi-Huberman
- MACULA
- Vues
- 7 Juin 2019
- 9782865891122
Ce livre est un traité d'esthétique paradoxale. Une esthétique que Georges Didi-Huberman développe à partir de l'analyse minutieuse - textes et images mêlés et confrontés - de Documents, la revue d'art que Georges Bataille, avec ses compagnons Michel Leiris, Carl Einstein, Marcel Griaule, et quelques autres, a dirigée en 1929 et 1930.
Dans cette revue, Bataille a fait preuve d'une stupéfiante radicalité dans la tentative de dépasser, de « décomposer » comme il disait, les fondements mêmes de l'esthétique classique.
Et il le fit autant dans la production théorique de quelques notions explosives que dans la manipulation pratique, concrète, des images qu'il convoquait et montait les unes avec les autres pour mieux éprouver leur efficacité.
Ce livre tente de dégager une leçon de méthode pour l'histoire de l'art et pour l'esthétique d'aujourd'hui : la conjonction d'une pensée transgressive et d'une pensée déjà structurale, la conjonction des avant-gardes artistiques (peinture, sculpture, cinéma, photographie) et des sciences humaines (archéologie, histoire, ethnologie, psychanalyse). Tout cela fait de Documents un véritable moment clef dans notre pensée moderne de l'image: un moment de gai savoir visuel dont nous devons, aujourd'hui plus que jamais, méditer la généreuse leçon.
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De la description
Johann-Joachim Winckelmann
- MACULA
- La Littérature Artistique
- 17 Novembre 2023
- 9782865891528
Winckelmann observe sur sa personne les effets de cette empathie : « [...] ma poitrine a semblé se dilater et se gonfler. Transporté par une émotion puissante qui me hissait au-dessus de moi-même, j'adoptai, pour regarder avec dignité l'Apollon, un port sublime ». De telles extases ne vont pas sans combats intérieurs. L'auteur ne cesse d'osciller de la norme à sa transgression, de la raison au vertige, de la sublimation à l'effusion. Son impressionnant savoir historique, anatomique, technique est traversé de bouffées désirantes qui s'apparentent à des poèmes, des chants d'amour.
Pour mettre en évidence ces écarts, ces tensions, ces oscillations, Élisabeth Décultot a pris le parti de présenter, traduire, juxtaposer et comparer les diverses descriptions que « le père de l'histoire de l'art » a consacrées à chacune des trois plus célèbres sculptures antiques : le Laocoon, le Torse et l'Apollon du Belvédère. Spécialiste de la période, Élisabeth Décultot nous offre une réinterprétation radicale de Winckelmann et de son influence sur les modernes, depuis Diderot à nos jours. -
De pictura (1435) ; de la peinture
Leon battista Alberti
- MACULA
- La Litterature Artistique
- 14 Février 1992
- 9782865890354
"celui-là ne deviendra jamais un bon peintre s'il n'entend parfaitement ce qu'il entreprend quand il peint.
Car ton arc est tendu en vain si tu n'as pas de but pour diriger ta flèche. " de la peinture, livre 1 le de pictura d'alberti (1404-1472) est le texte fondateur de la peinture occidentale moderne.
Savant, peintre, architecte, héros de la rationalité et figure centrale de la première renaissance, alberti ramasse en un court traité le savoir de ses amis florentins : brunelleschi, donatello, ghiberti.
En trois chapitres qui sont comme autant de recouvrements successifs du panneau ou de la fresque, alberti instaure - par delà les recettes d'atelier - quelque chose comme un protocole de la peinture.
Les tensions qui parcourent ce texte :
- statut de la couleur, physique ou symbolique;
- prélèvement réaliste ou figures idéales;
- efficience de la lumière;
- ambivalence de la surface, en tant qu'aplat et profondeur, traverseront toute la pratique des peintres jusqu'à la rupture du me siècle : delacroix, manet, cézanne.
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Dans leur ouvrage, Le passé est un événement, Laurent Olivier et Mireille Séguy posaient cette question : « Quel sens le passé peut-il prendre pour le présent à partir duquel nous le percevons ? » Vaste question qui autorise une large palette de réponses. Peter Geimer, lui, s'est concentré sur les tentatives de recréer le passé par des images selon la chronologie suivante : peinture (en couleur), photographie (en noir et blanc) puis le film (en mouvement). Son essai sur cet enregistrement du passé débute avec la peintre d'histoire (Meissonier) et la peinture de panoramas ; le chapitre suivant aborde la photographie, procédé qui permet une autre possibilité de disposer du temps dont l'arrêt sur image est le plus ensorcelant ; le dernier chapitre traite du film qui vient ajouter à ce réservoir d'images une innovation capitale - la possibilité de leur redonner vie, de les animer. Grâce à une succession d'études de cas très bien choisis, Geimer s'empare des images du passé tout comme des images qui viennent du passé. Il déconstruit la formule fallacieuse du « 100% archives », explique comment certains acteurs fournissent des images du passé à une société et surtout nous met en garde sur les formes de témoignages visuels. Les vues historiques de Jérusalem qui ont été prises sur les lieux abandonnés de l'histoire biblique, la dernière image de Robert Capa, les images présentées dans l'exposition de 1995 sur les crimes de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale ou encore les images d'archive utilisées par des artistes - toutes ces images sont comprises comme des formes autonomes de manifestations de l'histoire. Mais, l'appropriation du réel historique au moyen de l'image dépend clairement depuis quel moment nous regardons le passé.
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August Strindberg (1849-1912) a non seulement mis à jour la violence des sentiments et la cruauté des mots dans son théâtre, ses romans mais il a aussi oeuvré en peintre et en critique d'art. Dans ses tableaux, d'où l'humain est banni, une nature sauvage, rude emplit la toile. Rien de joli, d'aimable. Une matière étalée au couteau qui magnifie les éléments de la nature face à l'homme et qui le renvoie à son insignifiance. Une déclinaison de tonalités, une symphonie de couleurs. L'intérêt de Strindberg pour la peinture se double d'un travail de critique. Un oeil perspicace avec une connaissance de la scène artistique nordique et une curiosité pour ce qui se passe ailleurs en Europe.
Formé par des cours d'esthétique à l'Université d'Uppsala, il étudie avec méthode les différentes théories esthétiques, lit ce qui est publié, se frotte aux classiques. Il s'intéresse à ce que produisent ses contemporains. Et subit l'attraction de Paris. Il y séjourne à plusieurs reprises, fréquente les cercles artistiques, découvre les impressionnistes naissants. Sa connaissance parfaite de la langue française qu'il pratique et écrit lui permet d'être publié sur place. Il voyage en Allemagne, en Suisse. Compare les peintres suédois influencés par l'école française, celles de Düsseldorf, de Munich. Et s'élabore peu à peu un corpus d'articles mettant en opposition la peinture française, produit du climat tempéré à une peinture suédoise, nordique plus âpre, plus rude. Aussi Strindberg développe une curiosité pour l'expérimentation photographique, nouveau média dont il comprit tout de suite les possibilités et comment les explorer grâce à son intérêt pour la chimie. À certaines périodes de sa vie, Strindberg éprouve un profond doute sur l'utilité sociale de toute activité artistique. Ses convictions à la fois politiques et sociales alliées à une sévère misanthropie l'amènent à un rejet de toute expression. Mais perdurent ces textes, ces analyses, dont vingt-six sont à lire au sein du présent recueil.
Jean Louis Schefer, écrivain, philosophe et critique d'art, s'est imprégné de ces textes « écrits pour un public à éduquer et non pas à satisfaire » et en a tiré une préface éclairante, où la langue de Strindberg fait écho à la sienne. Par la richesse de sa pensée et de son lexique, il dégage toute la poésie des Écrits sur l'art de Strindberg.
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Qu'est-ce que la sculpture ? principes et procédures de l'Antiquité au XXe siècle
Rudolf Wittkower, Beatrice Bonne
- MACULA
- Histoire De L'Art
- 8 Avril 2022
- 9782865891320
En racontant l'histoire de la sculpture depuis les premiers kouroï grecs jusqu'à Brancusi, l'auteur non seulement décrit la constitution matérielle des oeuvres, leur état physique, mais s'attache aussi au point de vue de l'esthétique. Wittkower nous indique pourquoi l'artiste choisit tel matériau, tel instrument, tel type de jointoiement ou de report, et en quoi ces procédures conditionnent à leur tour sa visée artistique.
Quel était l'avantage de la rapidité de modelage du Bernin pour ses célèbres modèles (ses bozzetti) ? Et pourquoi Canova lissait-il ses marbres ? Que montre le creusement des pupilles ? Quand s'autorise-t-on à fabriquer des oeuvres en combinant plusieurs blocs ?
Quels sont les effets d'un trépan, qui vrille et creuse la pierre (Michel-Ange n'en voulait pas), ou d'une gradine, qui la laboure (c'était son instrument favori) ? En quoi les pantographes et autres appareils de transfert ont-ils déplacé l'intérêt du sculpteur en deçà du marbre vers la maquette originelle en plâtre ?
Pour répondre à ces questions, Wittkower examine tour à tour 192 sculptures célèbres, permettant au lecteur d'accéder à la compréhension des oeuvres elles-mêmes et de ce qui a été un moteur pour leurs auteurs.