Elisabeth Brunet

  • Voici les aventures d'un homme qui les donnait pour véridiques et le fait est que maintes traces en ont été retrouvées dans des ouvrages aussi dignes de foi que moby dick, don quichotte, roland furieux ou même tristes tropiques.
    Dans ces pages éblouissantes de drôlerie, boris moissard se fait un malin plaisir de lancer philippe dumas, dessinateur à l'inégalable brio, dans les directions les plus cocasses, pour le plus grand profit de l'histoire qui n'arrête pas d'avancer. résultat : trois récits dont l'extravagance réjouira le lecteur, lequel ne manquera pas de saluer la réédition (sous cette forme notablement enrichie) d'un merveilleux petit livre épuisé depuis trop longtemps.
    Dumas et moissard, auteurs à succès des très classiques contes à l'envers, et plus récemment des contes de la tête en plein ciel, nous offrent ici un joyau de loufoquerie, une vraie perle de culture, démonstration des mille et une libertés qu'on s'arroge à bon droit vis-à-vis des grands ancêtres : melville, cervantès, l'arioste et claude lévi-strauss n'ont qu'à bien se tenir.

  • Comme les Brontë, les Powys sont, fait rarissime, une famille d'écrivains.
    Trois soeurs, un frère dans le Yorkshire. Trois frères, une soeur dans le Dorset. Comme celui des Brontë, le monde des Powys est clos. C'est un univers de la déréliction et de la mort. L'univers d'un Dionysos dénaturé. Ensemble, mais chacun avec ses propres armes, les Powys chassent. Ils chassent tous Dieu, avec un art particulier de contrefaire l'idée que l'on se fait de Dieu. Que ce soit dans les brumes du Dorset ou dans la jungle africaine, ils ont un rayonnement solaire qui n'appartient qu'à eux.
    Ce sont des soleils froids dont les rayons sont des poèmes, des essais, des fictions. Pris la main dans le carnier, ils sont ici publiés ensemble pour la première fois, comme ils le souhaitaient.

  • S'il n'est pas nécessaire de présenter Oscar Wilde, dont La ballade de la Geôle de Reading a occulté les autres poèmes, rappelons que Mervyn Peake, auteur de l'inoubliable Triogie de Gormenghast, mais aussi de romans, d'une pièce de théâtre, d'albums pour les enfants sans oublier ses poèmes sens-dessus-dessous, publiés dans notre Fric-Frac du sens, est considéré en Angleterre et ailleurs comme un remarquable illustrateur, aussi saisissant écrivain que peintre et dessinateur: Le Veux marin de Coleridge, L'île au trésor, -Alice au pays des merveilles ou La Chasse au Snark sont devenus des "classiques" du livre illustré.
    Dans l'avant-propos de l'édition originale anglaise des poèmes de Wilde, son épouse, le peintre Maeve Gilmore, donne les précisions suivantes : "Les années 1945-46 furent probablement les années les plus créatrices de la vie de mon mari Mervyn Peake. C'est pendant la guerre qu'il se tourna vers l'illustration. Dans un article intitulé "L'illustration comme Art", il en donne les raisons: "Je pouvais travailler n'importe où, dans les cafés, dans les champs, dans les cantonnements, passer en quelques instants du génie à l'artillerie...
    car je n'avais besoin de rien d'autre que d'un crayon, d'une plume, d'un peu de papier et d'une bouteille d'encre de Chine. Depuis ce moment-là, j'ai été fasciné par l'idée de l'illustration et j'ai vu tout ce qu'il m'a été possible de voir du travail des grands illustrateurs: Rowlandson, Cruikshank, Hogarth, Blake, et le Français Doré, et l'Allemand Dürer, et Goya l'Espagnol. J'ai commencé à comprendre que ces hommes avaient plus qu'une bonne lista, qu'une bonne main, qu'une tête bien faite.
    Ces qualités n'étaient pas suffisantes. Pas plus que leur talent de dessinateurs ou d'artistes. Même la passion n'était pas suffisante. Ni la compassion, ni l'ironie. ils devaient posséder tout cela, mais par-dessus tout, le pouvoir de s'identifier avec l'auteur, le personnage et l'atmosphère, le pouvoir de se glisser dans l'âme d'un autre homme. Un art nouveau et trépidant semblait s'être ouvert à moi.
    Un nouveau monde... Dès que j'ai commencé à illustrer des livres, j'ai trouvé que l'idée d'interpréter des mots par des dessins était une chose extrêmement excitante." Les illustrations des poèmes d'Oscar Wilde furent commandées en 1945 et exécutées l'année suivante. Les restrictions d'impression et de papier empêchèrent, à l'époque, les essais nécessaires à leur reproduction correcte. Chaque dessin est inspiré par un ou deux vers choisis par l'artiste dans les poèmes et s'efforce de capturer l'atmosphère générale "en rendant la musique et les nuances des mots." Peake décida (sauf pour le dessin de la Sphinge où il se servit d'un pinceau à bout rond et à soies assez grossières pour donner l'aspect granulé du pelage d'une femme-chat) d'écarter l'encre de Chine et la plume à dessin qu'il avait utilisées pour illustrer Le Veux Marin et de prendre un pinceau chinois et de l'encre solidifiée que son père avait rapportés de Hong-Kong en 1946.
    Il mit un certain temps à apprendre à se servir du pinceau: comment exercer une pression pour contrôler la force et la fragilité du trait. Ces illustrations montrent combien cette nouvelle technique fut parfaitement maîtrisée."

  • Un petit bijou 1900, cette princesse sous verre, la plus envoûtante de celles que jean lorrain appelait ses princesses d'ivoire et d'ivresse.
    Admirablement enchâssée dans les illustrations de l'énigmatique andré cahard, rien n'y manque pour qu'opère le sortilège: délicieuse et dolente jeune fille qui s'éteint, ni morte ni vivante; royaume inhospitalier de marais et de forêts; un prince noir devenu prince rouge, du sang de ses victimes; le cercueil enchanté qui "descend à la dérive les eaux lentes du fleuve"; et le pardon, le bienfaisant pardon qui permet une mort enfin apaisée dans la magie glacée d'une nuit d'hiver.
    La postérité, qui ne cesse de rééditer l'oeuvre du fécampois, n'en a retenu que le côté sulfureux et décadent. a tort car lorrain, resté sous le charme des légendes lues et entendues enfant, à son tour en a répandu les enchantements; et il les aimait tant, qu'après la parution dans la revue illustrée ou ailleurs, il les publiait luxueusement pour les offrir à quelques-uns de ses amis: " ces contes de fées, qu'on a remplacés aujourd'hui par des livres de voyages et de découvertes scientifiques, ces merveilleuses histoires qui parlaient au cour à travers (imagination et préparaient à la pitié par d'ingénieux motifs de compassion pour de chimériques princesses, dans quelle atmosphère de féerie et de rêve, dans quel ravissement de petite âme éblouie et frémissante ont-elles bercé les premières années de ma vie! pour moi, je l'avoue, je les ai adorés et d'une adoration presque sauvage, les contes aujourd'hui proscrits et dédaignés; et c'étaient des contes brumeux, trempés de lune et de pluie, semés de flocons de neige, des contes du nord.
    "et puis ces contes hallucinants, dont les personnages galopaient toute la nuit dans mes rideaux, signalaient la rentrée des terre-neuviers dans le port, le retour des hommes au logis, et c'était toute une joie dans la ville. " mais ce ne sont pas les seuls souvenirs qu'il gardera de la ville où il est né paul duval, en 1855, et ses compatriotes ne lui pardonneront pas son roman à clefs les lépillier.
    La grande affaire de lorrain, c'est la littérature et pour décrocher la gloire littéraire, il tente de conquérir paris presque à marche forcée en affichant avec insolence ce qu'il est: un bisexuel érotomane irrésistiblement attiré par les bas-fonds et le scandale, ne reculant pas devant la bagarre, traînant après lui de tenaces vapeurs d'éther, rattrapé par des visions nocturnes de cauchemars et de maléfices.
    Choisissant comme maîtres barbey d'aurevilly (dont il s'inspirera pour monsieur de bougrelon ) puis edmond de goncourt, éperdument admiratif du huysmans d'a rebours et de la peinture de gustave moreau, il fraternise avec rachilde, liane de pougy la très belle, marcel schwob, octave uzanne. et, puisque à l'époque la chronique littéraire occupe encore la première page des journaux, il va réussir: en quinze ans, précise son biographe, thibaut d'anthonay, "il va devenir l'un des rois du boulevard et l'un des journalistes les mieux payés de son temps.
    Il est partout, voit tout; sait tout". et raconte tout, ou presque: d'une plume fielleuse et tranchante ou suave et amusée, lorrain anéantit une réputation ou aide à la vente de 40 000 exemplaires d'un roman - la nichina d'hugues rebell, par exemple. il fait connaître sem ou yvette guilbert, brocarde montesquiou ou marcel proust et évite de justesse un duel avec maupassant qui s'est parfaitement reconnu dans le beaufrilan de très russe.
    Cette société qu'il fréquente, il n'hésite pas à l'épingler avec une férocité jubilatoire non dissimulée, à en révéler les vices, lui qui ne cache pas les siens, et les dessous des cartes: snobisme, arrivisme, hypocrisie, cupidité, cynisme. il publie poèmes, chroniques, romans, la maison philibert, les noronsoff monsieur de phocas, pièces de théâtre, portraits, de nombreuses nouvelles, un démoniaque, histoires de masques, les contes d'un buveur d'éther, etc.
    Au moment de sa mort en juin 1906, il travaillait à une féerie tirée de la princesse sous verre.

  • Mervyn Peake (1911-1968).
    Illustrateur de L'Ile au trésor, d'Alice aux pays des merveilles, du Vieux Marin de Coleridge, Mervyn Peake fut salué de son temps en Angleterre comme l'un de ses très grands illustrateurs. Il a écrit des poèmes, des romans, une extravagante pièce de théâtre, dessiné un album pour les enfants. Le chef-d'oeuvre romanesque connu sous le nom de Trilogie de Gormenghast, qu'il acheva peu avant sa mort, est traduit partout (dernière édition française, Phébus éd.
    ). Les poèmes de Peake sont dans la lignée des nonsense chers à Edward Lear et à Lewis Caroll. " On y retrouve cependant cette touche de mots qui permet de reconnaître Peake de loin. " Je mène une vie langoureuse ; Une vie de langoureux émois ; Ici et là, mon amoureuse mène la même vie que moi. Parfois nous la menons en rond, ce qu'il faut dire à un ami ; C'est que c'est la meilleure des vies. Edward Lear (1812-1888).
    Dessinateur, peintre, aquarelliste, humoriste, Lear, précurseur de Lewis Caroll , est le créateur des Limericks, systématiques et courts poèmes, toujours illustrés, construits dira-t-il " sans m'être aidé d'une autre convention que celle d'un ravissement sans bornes, faisant un accueil chaleureux à toute apparition d'une absurdité nouvelle, le nonsense, pur et absolu, fut mon but essentiel. " Books of Nonsense, publié en Angleterre en 1863, valut à Edward Lear, outre une notoriété immense, l'amitié de la reine Victoria qui en fit son professeur de dessin ! Dénués du sens commun le plus élémentaire, continuèrent à paraître d'autre limericks, des alphabets, recettes de cuisine et autres botaniques délirantes.

empty