Sélection Essais ( histoire, sociologie, économie, philosophie, sciences...)

  • Michel Lorblanchet, grand spécialiste de l'art préhistorique, nous offre dans ce livre son interprétation personnelle de cet art pariétal qu'il a étudié pendant plus de quarante ans au coeur des grottes ornées du Quercy.

  • Joseph Kabris est tatoué de la tête aux pieds. C'est ainsi qu'il gagne sa vie dans les lieux de spectacle et d'exhibition de la Restauration, montrant son corps et mettant en mots l'« étrange destinée » qu'il a eue. Né à Bordeaux vers 1780, embarqué sur un baleinier anglais, il a vécu sept ans sur une des îles Marquises, Nuku Hiva. Parmi les « sauvages », il est devenu l'un d'eux. Il a appris leur monde, leurs gestes, leur langue et oublié la sienne. C'est là qu'il a été tatoué. En 1804, une expédition russe est venue et l'a arraché à son île, à sa femme et à ses enfants. Sans cesser tout à fait d'être un « sauvage », il est devenu russe, a rencontré le Tsar, avant de regagner la France. Il a repris sa langue, il a appris à dire sa vie, à lui donner les traits d'une épopée. Il a fasciné les foules. Il est devenu le monde en personne. Il est mort à 42 ans, sans jamais revoir son île.

    Kabris a ainsi multiplié les recommencements, ne cessant de voir ses habitudes s'abolir et d'en reprendre d'autres. Il devient marin, chef de guerre, professeur de natation, homme de foire, recyclant les passés qu'il a incorporés, prenant appui sur les systèmes sociaux où il se trouve. Et, chaque fois, il tire parti de ce qu'il a déjà vécu pour négocier au mieux ce qu'on attend de lui.Dans cette enquête fascinante et troublante, il ne s'agit pas seulement de découvrir à hauteur d'homme une histoire de la mondialisation dont émergent nos sociétés contemporaines. Cheminer dans cette existence se faisant, l'explorer à la manière d'une « carrière » dans laquelle Kabris s'engage, bifurque, insiste, abandonne ou se convertit, comprendre en somme comment on devient Joseph Kabris, c'est aussi saisir la manière dont le monde historique traverse une vie et la rend possible.

  • Amerigo Vespucci n'est pas seulement le personnage qui a donné son nom au Nouveau Monde. Ce Florentin, ami de Christophe Colomb, a laissé un témoignage vivant et très documenté sur les côtes orientales du continent américain, dont il avait pressenti l'existence, où l'on peut lire le premier témoignage sur les rites cannibales de « sauvages » et dont un des marins de l'expédition fit les frais. Vespucci a-t-il été le découvreur des côtes du continent américain ? La question peut sembler dérisoire, mais elle a suscité une longue polémique qui dure toujours. La controverse sur l'authenticité de ses quatre voyages et sur l'attribution de son prénom au Nouveau Monde fait l'objet d'une analyse détaillée dans cet ouvrage qui offre la première traduction intégrale des écrits de Vespucci : Le Mundus Novus, La lettera qui comprend le récit de quatre voyages, et enfin les lettres familières manuscrites. Il s'agit de textes fondateurs auxquels le grand public avait rarement accès.

  • En 1788, la First Fleet de la Royal Navy, onze navires transportant plus de 1000 soldats et condamnés de croit commun, débarquait à Port Jackson, la future Sydney, pour y fonder une colonie pénitentiaire. Le jeune officier Watkin Tench a consigné dans son récit - dont c'est ici la première traduction française - l'instauration de la Loi et l'Ordre britanniques sur cette terre du bout du monde encore inexplorée.
    Animé d'une insatiable curiosité, il raconte les peines et déboires de la colonie, mais aussi les rencontres avec les Aborigènes des alentours du campement, dont il parvient à dresser des portraits d'une stupéfiante fraîcheur. Il se fait ainsi le chroniqueur de l'éclosion d'un monde neuf, pourtant déjà lourd de traumatismes coloniaux dont on peine encore à prendre toute la mesure.

  • Cette histoire au ras des flots restitue aux Océaniens de Tahiti, d'Hawai'i, des Fidji ou du Vanuatu leur place d'acteurs parmi les baleiniers, explorateurs, militaires, missionnaires et autres négociants venus conquérir les populations insulaires.
    À suivre les tribulations des uns et des autres, on découvrira un monde plongé dans la dévastation, riche pourtant de dynamiques qui ont configuré le Pacifique d'aujourd'hui.

  • La culture olmèque et les civilisations qui, géographiquement et culturellement, lui étaient proches, sont restées méconnues jusqu'à la deuxième moitié du XIX? siècle et le sont encore souvent aujourd'hui du grand public. Apportant des clefs de compréhension essentielles, les textes et les cartes de l'ouvrage mettent particulièrement en lumière les divers sites archéologiques liés à ces remarquables civilisations dont « La Venta », « El Tajín » et « Tamtoc ». Ils apportent également des analyses sur des cultures d'une profonde sensibilité artistique qui ont joué un rôle éminent dans l'histoire du Mexique et de sa région. Durant trois millénaires, les grandes sociétés mésoaméricaines entretinrent entre elles des relations à l'origine d'oeuvres sculpturales, de systèmes d'écritures, de rituels, etc. En témoigne la mise en place d'une pensée et de canons mésoaméricains (économiques, sociaux, politiques, intellectuels et artistiques) qui perdurèrent jusqu'à la conquête espagnole.

    Ce catalogue d'exposition reproduit plus d'une centaine de pièces, dont beaucoup encore jamais exposées en dehors du Mexique. Tout à la fois un outil de connaissance et un « beau livre », il s'adresse aussi bien aux passionnés qu'au grand public.

    Sous la direction scientifique de Dominique Michelet, archéologue mésoaméricaniste et directeur de recherche au CNRS, les textes de spécialistes aident ainsi à mieux comprendre l'immense diversité du monde précolombien du golfe du Mexique.

  • Le Proche-Orient occupe de façon presque permanente le devant de la scène médiatique mais la méconnaissance du passé de cette région demeure. Le mot même de « Proche-Orient » est ambigu et les contours de l'espace géographique qu'il désigne sont vagues. Consacrer un volume de la collection « Mondes anciens » à cet ensemble fournit l'occasion d'étudier en elle-même et pour elle-même une région trop souvent considérée comme périphérique par les spécialistes de l'Antiquité classique.
    Depuis la conquête d'Alexandre, les régions et les peuples du Proche-Orient ont toujours été intégrés, selon des modalités variables, à de vastes empires. L'objectif est de déplacer le regard du centre vers la périphérie ou plus exactement de faire de cette périphérie le centre de l'enquête, en écartant toute idée préconçue de domination, de résistance ou d'acculturation. Notre ouvrage présente ainsi une histoire du Proche-Orient sur la longue durée, du I siècle av. J.-C. au VII siècle apr. J.-C. Une première partie propose une perspective géohistorique de l'évolution politique, culturelle et économique de l'ensemble de l'aire, ses rapports avec les autres régions du monde antique, et la place du Proche-Orient romain au sein de cet ensemble et au sein de l'empire romain. Une seconde partie entend saisir au plus près les modes de vie, les pratiques et les acteurs de l'histoire du Levant romain. Cette approche met en lumière des continuités ou des ruptures, et propose une chronologie renouvelée de l'histoire de la région ainsi qu'une réflexion sur les rapports entre ethnicité, langue, religion et politique.

  • À l'évocation des mots photojournalisme ou photographie de guerre, la mémoire convoque des icônes dont les plus anciennes remontent aux années 1920 et 1930. On imagine ainsi que les conflits d'avant la Grande Guerre n'ont été que peints, dessinés et gravés ; figés dans un héroïsme un peu innocent avant que les violences du XXe siècle ne soient saisies sur pellicule dans leur réalisme cauchemardesque.
    Des albums privés des soldats coloniaux aux fonds des premières agences d'images, ce livre, véritable archéologie de la photographie de conflit, est une invitation, et une éducation, à lire l'image-choc pour la désarmer plutôt que la subir. L'auteur se focalise sur les clichés de la violence physique et de la destruction armée, pris non pas comme de simples illustrations mais comme les supports d'une relation sociale. Dans ce monde de la fin du XIXe siècle, les conflits se multiplient de façon inédite et les abus coloniaux ponctuent les conquêtes. En les capturant, l'appareil photographique, devenu portable et abordable, transforme profondément l'économie visuelle de la violence, et ce bien avant 1914.
    Au-delà d'une histoire des photographies des corps brutalisés et des violences armées, cet ouvrage, loin d'une pornographie du désastre, est aussi une proposition. Comment présenter des photographies montrant les atrocités indicibles pour les penser et en faire l'histoire ? L'observateur, y compris lorsque son regard plonge au coeur des ténèbres, peut retrouver dans les photographies les hommes et les femmes du passé, et non des victimes passives et anonymes figées sur le papier.

  • L'onde de choc provoquée par la Révolution française puis par l'Empire a longtemps fait oublier que les guerres napoléoniennes qui s'ensuivirent eurent des répercussions mondiales, loin de l'épicentre européen.
    Dans cette synthèse magistrale, Alexander Mikaberidze met en lumière leurs incidences politiques, culturelles, diplomatiques et militaires à l'échelle planétaire. Partout, les grandes puissances rivalisèrent pour affirmer leur hégémonie, depuis l'Amérique jusqu'à l'Extrême-Orient.
    Par leurs effets, directs ou indirects, ces guerres furent l'agent de transformation le plus puissant que l'histoire ait connu depuis la Réforme. L'ordre international s'en trouva durablement modifié, la carte du monde redessinée.
    Richement documentée, précise, cette somme aussi passionnante qu'érudite est tout à la fois une oeuvre aboutie en même temps qu'une extraordinaire contribution à notre compréhension de cette époque.

    Austerlitz, Iéna, Wagram, Waterloo... Au-delà de ces noms légendaires, l'historien Alexander Mikaberidze invite à porter notre regard hors d'Europe. De l'Amérique à l'Extrême-Orient, les guerres napoléoniennes ont eu des répercussions politiques, culturelles et militaires sur tous les continents. Elles ont bouleversé l'histoire et redessiné la carte du monde.
    Une synthèse inédite et magistrale.

  • Au cours de la Seconde Guerre mondiale, des millions d'enfants, orphelins ou brutalement séparés de leurs parents, sont recueillis dans des camps ou villages d'enfants. Cette aide humanitaire se double d'une utopie pédagogique. Instituteurs, prêtres, médecins ou psychiatres fondent, dans l'urgence et le dénuement, des communautés largement inspirées de l'éducation nouvelle et de l'autogestion : des « républiques d'enfants ». De l'Italie à la Hongrie, en France comme en Allemagne, les enfants se muent en jeunes travailleurs, ils élisent gouvernements et tribunaux. Dans l'esprit internationaliste d'après-guerre, ces citoyens doivent contribuer au relèvement de l'Europe anéantie.
    Les auteurs ont défriché les archives pour tisser le récit vivant, incarné et parfois terrifiant de cet épisode méconnu. En quelques années, alors que le monde des adultes bascule dans la guerre froide et les Trente glorieuses, ce moment de foisonnement et d'expérimentation intenses tombe en effet dans l'oubli. Véritable point aveugle des années d'après-guerre, de l'histoire des pédagogies alternatives et des politiques humanitaires, il méritait d'être mis au jour.

  • Parce que l'histoire a longtemps été écrite par et pour les hommes, sa dimension féminine a été négligée. Si l'histoire des femmes, née dans la décennie 1970, les a montrées actrices du passé, si l'histoire du genre a mis l'accent sur la construction culturelle et politique de la différence des sexes, la spécificité féminine de l'Histoire n'a pas été interrogée : existe-t-il en France un temps de l'action des femmes dont la prise en compte ferait surgir une autre chronologie ? Les faits le disent : le peuple-femme, s'affichant tel, avec ses propres revendications et gestes, fait irruption sur la scène révolutionnaire le 5 octobre 1789, en marchant sur Versailles. Nos contemporaines l'affirment : interrogées sur l'événement pour elles le plus important du XXe siècle, elles ont massivement répondu "la contraception et la liberté d'avortement" (1975), quand les hommes applaudissaient à la conquête spatiale. Identifier une histoire féminine de la France révèle que les femmes l'appréhendent autrement que les hommes, de là où elles sont, de là où on leur permet d'être, de là où elles osent être... Cette entreprise ambitionne de leur redonner vie, et donc de leur rendre, autant que faire se peut, le geste, la parole et l'action.

  • « Sur les photographies, il paraît appartenir à une autre époque. Peut-être est-ce le noir et blanc qui veut cela - la couleur est encore rare dans les année 1960. Cela tient aussi à son maintien et sans doute à une certaine révérence des photographies devant le personnage historique et le président impressionnant. Il suffit pourtant de plonger comme nous l'avons fait dans ces cartons d'archives, de retrouver ses notes et ses discours pour comprendre. De Gaulle ne ressemble plus à personne, mais il n'est en aucune façon dépassé. »

  • Les Lettres, notes et carnets révèlent tout un pan de l'oeuvre littéraire de Charles de Gaulle, très différent dans l'esprit et dans la forme de ses ouvrages de réflexion et de souvenirs. Ces documents réunis et publiés après sa mort par son fils, l'amiral de Gaulle, relèvent d'une démarche plus immédiate et spontanée. Ils sont rédigés le plus souvent à l'intention d'un correspondant particulier ou d'auditoires restreints, sinon pour le seul usage de leur auteur. Dans la majorité des cas, ce sont des oeuvres de premier jet, écrites avec une liberté de ton qui fait parfois défaut à ses Mémoires, travaillés à l'extrême.
    L'épistolier ou le diariste laisse apparaître ici un de Gaulle que le mémorialiste s'interdit de montrer : l'homme privé, le personnage en quelque sorte officieux, capable de s'abandonner à un élan de tendresse comme d'exprimer sans fioritures le fond de sa pensée. Hormis ses écrits de jeunesse, les textes de ses conférences d'histoire prononcées en captivité puis à Saint-Cyr et à l'École de guerre, ceux de ses allocutions devant les officiers de son bataillon, quelques études sur les questions de défense nationale et des résumés d'entretiens, l'essentiel des Lettres, notes et carnets émane ainsi de plus de soixante années de correspondance et de notations personnelles.
    De 1907 - première lettre publiée, adressée à son père par un fils de dix-sept ans " affectionné et respectueux " - au 9 novembre 1970 - ultime message envoyé à son propre fils -, Charles de Gaulle a entretenu avec ses proches ainsi qu'avec la plupart de ses interlocuteurs politiques, français et étrangers, et avec quantité d'intellectuels, d'artistes et d'écrivains, une relation épistolaire d'une ampleur et d'une richesse considérables.
    Plus épars et discontinus, ses carnets, tenus depuis l'adolescence, constituent l'autre volet des écrits intimes de Charles de Gaulle. Ils renferment pêle-mêle des considérations d'ordre historique et politique, des notes de lecture, des citations de Virgile, de Péguy ou de Chateaubriand. Autant d'éléments qui l'ont aidé à travers le temps à se construire, à forger ses idées et à inventer son univers. Certaines confidences permettant de mieux cerner la vérité profonde du personnage. Les plus nombreuses datent de 1916, année où le jeune officier met à profit sa captivité pour s'adonner à l'écriture. " J'estime que la première condition du bonheur pour un homme est de sortir de lui-même, dans le monde d'aujourd'hui ", note-t-il à ce moment-là, ajoutant quelques pages plus loin : " Jusque dans ses pires cruautés, la Vie a des saveurs qui la rendent désirable. " Trente ans plus tard, au lendemain de la Libération, de Gaulle écrit seulement ceci, qui suffirait à résumer l'ensemble de sa pensée : " Pardonnez-moi ! Je n'aime que la France. "

  • Les Lettres, notes et carnets révèlent tout un pan de l'oeuvre littéraire de Charles de Gaulle, très différent dans l'esprit et dans la forme de ses ouvrages de réflexion et de souvenirs. Ces documents réunis et publiés après sa mort par son fils, l'amiral de Gaulle, relèvent d'une démarche plus immédiate et spontanée. Ils sont rédigés le plus souvent à l'intention d'un correspondant particulier ou d'auditoires restreints, sinon pour le seul usage de leur auteur. Dans la majorité des cas, ce sont des oeuvres de premier jet, écrites avec une liberté de ton qui fait parfois défaut à ses Mémoires, travaillés à l'extrême.
    L'épistolier ou le diariste laisse apparaître ici un de Gaulle que le mémorialiste s'interdit de montrer : l'homme privé, le personnage en quelque sorte officieux, capable de s'abandonner à un élan de tendresse comme d'exprimer sans fioritures le fond de sa pensée. Hormis ses écrits de jeunesse, les textes de ses conférences d'histoire prononcées en captivité puis à Saint-Cyr et à l'École de guerre, ceux de ses allocutions devant les officiers de son bataillon, quelques études sur les questions de défense nationale et des résumés d'entretiens, l'essentiel des Lettres, notes et carnets émane ainsi de plus de soixante années de correspondance et de notations personnelles.
    De 1907 - première lettre publiée, adressée à son père par un fils de dix-sept ans " affectionné et respectueux " - au 9 novembre 1970 - ultime message envoyé à son propre fils -, Charles de Gaulle a entretenu avec ses proches ainsi qu'avec la plupart de ses interlocuteurs politiques, français et étrangers, et avec quantité d'intellectuels, d'artistes et d'écrivains, une relation épistolaire d'une ampleur et d'une richesse considérables.
    Plus épars et discontinus, ses carnets, tenus depuis l'adolescence, constituent l'autre volet des écrits intimes de Charles de Gaulle. Ils renferment pêle-mêle des considérations d'ordre historique et politique, des notes de lecture, des citations de Virgile, de Péguy ou de Chateaubriand. Autant d'éléments qui l'ont aidé à travers le temps à se construire, à forger ses idées et à inventer son univers. Certaines confidences permettent de mieux cerner la vérité profonde du personnage. Les plus nombreuses datent de 1916, année où le jeune officier met à profit sa captivité pour s'adonner à l'écriture. " J'estime que la première condition du bonheur pour un homme est de sortir de lui-même, dans le monde d'aujourd'hui ", note-t-il à ce moment-là, ajoutant quelques pages plus loin : " Jusque dans ses pires cruautés, la Vie a des saveurs qui la rendent désirable. " Trente ans plus tard, au lendemain de la Libération, de Gaulle écrit seulement ceci, qui suffirait à résumer l'ensemble de sa pensée : " Pardonnez-moi ! Je n'aime que la France. "

  • Les Lettres, notes et carnets révèlent tout un pan de l'oeuvre littéraire de Charles de Gaulle, très différent dans l'esprit et dans la forme de ses ouvrages de réflexion et de souvenirs. Ces documents réunis et publiés après sa mort par son fils, l'amiral de Gaulle, relèvent d'une démarche plus immédiate et spontanée. Ils sont rédigés le plus souvent à l'intention d'un correspondant particulier ou d'auditoires restreints, sinon pour le seul usage de leur auteur. Dans la majorité des cas, ce sont des oeuvres de premier jet, écrites avec une liberté de ton qui fait parfois défaut à ses Mémoires, travaillés à l'extrême. L'épistolier ou le diariste laisse apparaître ici un de Gaulle que le mémorialiste s'interdit de montrer : l'homme privé, le personnage en quelque sorte officieux, capable de s'abandonner à un élan de tendresse comme d'exprimer sans fioritures le fond de sa pensée. Hormis ses écrits de jeunesse, les textes de ses conférences d'histoire prononcées en captivité puis à Saint-Cyr et à l'École de guerre, ceux de ses allocutions devant les officiers de son bataillon, quelques études sur les questions de défense nationale et des résumés d'entretiens, l'essentiel des Lettres, notes et carnets émane ainsi de plus de soixante années de correspondance et de notations personnelles. De 1907 - première lettre publiée, adressée à son père par un fils de dix-sept ans " affectionné et respectueux " - au 9 novembre 1970 - ultime message envoyé à son propre fils -, Charles de Gaulle a entretenu avec ses proches ainsi qu'avec la plupart de ses interlocuteurs politiques, français et étrangers, et avec quantité d'intellectuels, d'artistes et d'écrivains, une relation épistolaire d'une ampleur et d'une richesse considérables. Plus épars et discontinus, ses carnets, tenus depuis l'adolescence, constituent l'autre volet des écrits intimes de Charles de Gaulle. Ils renferment pêle-mêle des considérations d'ordre historique et politique, des notes de lecture, des citations de Virgile, de Péguy ou de Chateaubriand. Autant d'éléments qui l'ont aidé à travers le temps à se construire, à forger ses idées et à inventer son univers. Certaines confidences permettent de mieux cerner la vérité profonde du personnage. Les plus nombreuses datent de 1916, année où le jeune officier met à profit sa captivité pour s'adonner à l'écriture. " J'estime que la première condition du bonheur pour un homme est de sortir de lui-même, dans le monde d'aujourd'hui ", note-t-il à ce moment-là, ajoutant quelques pages plus loin : " Jusque dans ses pires cruautés, la Vie a des saveurs qui la rendent désirable. " Trente ans plus tard, au lendemain de la Libération, de Gaulle écrit seulement ceci, qui suffirait à résumer l'ensemble de sa pensée : " Pardonnez-moi ! Je n'aime que la France. "

  • L'opposition entre de Gaulle et Mitterrand met dos à dos un homme qui lutte contre l'effondrement d'une civilisation et un individu qui se moque que celle-ci disparaisse pourvu qu'il puisse vivre dans ses ruines à la façon d'un satrape. Le premier donne sa vie pour sauver la France ; le second donne la France pour sauver sa vie. L'un veut une France forte, grande et puissante, à même d'inspirer une Europe des patries ; l'autre la veut faible, petite et impuissante, digérée par l'Europe du capitalisme. L'un ressuscite Caton ; l'autre réincarne Néron. De Gaulle se sait et se veut au service de la France ; Mitterrand veut une France à son service. L'un sait avoir un destin ; l'autre se veut une carrière. De Gaulle n'ignore pas qu'il est plus petit que la France ; Mitterrand se croit plus grand que tout. Le Général sait que le corps du roi prime et assujettit le corps privé ; l'homme de Jarnac croit que son corps privé est un corps royal. L'un écoute le peuple et lui obéit quand il lui demande de partir ; l'autre reste quand le même peuple lui signifie deux fois son congé. L'homme de Colombey était une ligne droite ; celui de Jarnac un noeud de vipères. L'un a laissé une trace dans l'Histoire ; l'autre pèse désormais autant qu'un obscur président du Conseil de la IVeRépublique. L'un a fait la France ; l'autre a largement contribué à la défaire...
    Ce portrait croisé se lit comme une contre-histoire du XXe siècle qui nous explique où nous en sommes en même temps qu'elle propose une politique alternative qui laisse sa juste place au peuple : la première.
    M.O.

  • Que sont devenus les rescapés et les survivants de Nagasaki?? Combien sont-ils encore?? Et surtout, qu'ont-ils à nous dire?? Longtemps, Reiko Kruk-Nishioka s'est tue. Aujourd'hui, après mûre réflexion, c'est par un récit romancé, écrit à hauteur d'enfant, agrémenté de dessins de sa plume, qu'elle a choisi de témoigner. Keiko, 10 ans, assiste depuis des mois, fascinée, au ballet des Libellules rouges de l'école d'avia-tion voisine. Un chant affirme « les femmes ne montent pas sur les avions » ? Qu'importe. Keiko sera pilote. En attendant, son coeur bat plus fort quand Koyama, son prince rouge à l'écharpe blanche, l'emmène voir les biplans de près, leurs hélices de bois, leurs ailes de toile peinte, puis lui offre un baptême de l'air improvisé. Mais c'est la guerre et bientôt, les avions pacifiques sont enrôlés pour partir à l'attaque. Tous les autres, plus solides, ont déjà été abattus. A fréquenter les pilotes, Keiko découvre leur peur, leurs doutes, leur soif de vivre, le fait qu'ils ne sont encore que des enfants dans un monde où les adultes mentent et se trompent systématiquement. Un jour, un peu avant midi, à 20 km de là, une bombe pas comme les autres tombe sur la ville de Nagasaki.

  • Liao Yiwu fait parler les exclus, les marginaux et les oubliés de la Chine contemporaine?: trafiquant d'êtres humains, pleureur professionnel, embaumeur, migrant, survivant, promeneur de cadavres... Dans la Chine moderne et glorieuse, le mot diceng, qui signifie « les bas-fonds », a été rayé du vocabulaire. Les réformes du Président Mao et de ses successeurs ont aboli toutes les catégories honteuses de la population. Les marginaux, les mendiants, les truands, les lépreux, les proxénètes et les prostituées, les trafiquants d'êtres humains, les promeneurs de cadavres, les perceurs de coffres-forts, les adeptes de la secte hérétique Falun Gong, les experts du Feng shui, cette superstition d'un autre temps ? Ils n'existent plus. Pourtant, Liao Yiwu les a rencontrés. Tout au long des années 2000, au gré de ses séjours en prison, de ses errances dans la rue, de ses escapades et de ses petits boulots, il a sympathisé avec eux et il a recueilli leurs confidences, en poète. Le point commun de ces vingt-huit individus de tous horizons ? Ils ont tous été privés de liberté d'expression, réduits au silence, niés dans leur existence même. Enfin écoutés par une oreille attentive, ils se rattrapent en débordant de sincérité. Et ce foisonnant portrait de groupe, non content de rendre à chacun sa dignité perdue, dresse un tableau burlesque, spirituel et déchirant d'une autre Chine.

  • On accède au monde souterrain par le tronc fendu d'un vieux frêne...
    « Underland », c'est le monde d'en bas, les lieux où hommes et femmes enfouissent leurs secrets honteux ou merveilleux.
    Pendant plus de sept ans, l'écrivain Robert Macfarlane a visité des sites souterrains : un laboratoire caché dans une mine de sel sous la mer, des grottes norvégiennes abritant des peintures rupestres mystérieuses, les profondeurs de glaciers d'où surgissent des icebergs monstrueux.
    Tout ce que nous entreposons, cachons, jetons, laissera une empreinte dans la terre. Quel sera notre legs géologique aux générations futures ?
    En explorant notre rapport au sous-sol, Robert Macfarlane nous transmet un savoir riche, poétique et précieux.
    Mêlant littérature, science et récit de voyage, Underland est une odyssée puissante qui résonne longtemps après qu'on en a achevé la lecture.

  • Face à la crise écologique actuelle, nos actions semblent impuissantes. Mais c'est peut-être qu'on protège mal ce qu'on comprend mal. Nous ne sommes pas des Humains face à la Nature. Nous sommes des vivants parmi les vivants. Nous ne sommes pas face à face, mais côte à côte face au dérobement de notre monde commun. Que devient l'idée de "protéger la nature" quand on a compris que le mot "nature" nous embarquait dans une impasse dualiste, et que "protéger" était une conception paternaliste de nos rapports aux milieux ? Cela devient «raviver les braises du vivant», c'est-à-dire lutter pour restituer aux dynamiques du vivant leur vitalité et leur pleine expression. L'ancienne protection de la nature était confisquée par les experts et les États ; cet ouvrage se penche sur des initiatives qui révèlent un mouvement puissant, qu'il faut accompagner et nourrir : la réappropriation de la défense du tissu du vivant, du soin des milieux de vie. Nous sommes le vivant qui se défend.

  • Énorme succès à l'étranger, ce livre haletant nous offre enfin la clé de compréhension des désastres climatiques, écologiques, pandémiques et économiques contemporains. Accuser Sapiens, un humain indifférencié et fautif depuis toujours, est une imposture. Notre histoire est sociale : c'est celle des structures de domination nées il y a cinq mille ans, et renforcées depuis cinq siècles de capitalisme, qui ont constitué un engrenage destructeur de la Terre et de l'avenir de l'humanité, une mégamachine.
    Mais ces forces peuvent aussi être déjouées et la mégamachine ébranlée. Alors que les alternatives ne manquent pas, quel déclic nous faut-il pour changer de cap et abandonner une voie manifestement suicidaire ? La réponse est dans ce récit. Car seul celui qui connaît sa propre histoire peut être capable de l'infléchir.

  • « Écoutez les scientifiques ! » enjoignait récemment Gratta Thunberg aux députés venus l'écouter à l'Assemblée Nationale. Une fois les conclusions du GIEC admises, il s'agit pour le philosophe Bernard Stiegler et le collectif Internation de mettre à profit la recherche contributive pour répondre rapidement à cette « crise existentielle pour l'humanité ».
    Avec le soutien du prix Nobel de littérature Jean-Marie Le Clézio, qui préface l'ouvrage, ainsi que du professeur au collège de France Alain Supiot, cet essai propose une analyse de cet enjeu à la fois scientifique, économique, politique et social, sur les plans les plus divers, et en vue de lancer une initiative d'ampleur mondiale, dite de recherche contributive, appuyée sur des territoires laboratoires mis en place sur tous les continents. Ensemble, ces chercheurs - qui ont également travaillé avec les mouvements Youth for Climate et Extinction Rebellion - se fixent comme objectif de permettre l'émergence de modèles économiques, sociaux et politiques fondés de part en part sur la lutte contre l'entropie et contre ses diverses formes liées à l'activité humaine, et appelée ici l'anthropie.
    Scientifiques, juristes, économistes, philosophes, artistes, ingénieurs, citoyens... soutiennent que c'est moins une mauvaise volonté viscérale qui empêche que soit entamée la véritable transition permettant de bifurquer vers une économie respectueuse de la biosphère et de la vie qu'une difficulté épistémologique fondamentale, qui tient à l'ignorance des enjeux de l'entropie - et de ce que le GIEC appelle les « forçages anthropiques ».

  • Ce livre est une étude comparative, narrative et exploratoire des crises et des changements sélectifs survenus au cours de nombreuses décennies dans sept nations modernes : la Finlande, le Japon, le Chili, l'Indonésie, l'Allemagne, l'Australie et les États-Unis. Les comparaisons historiques obligent, en effet, à poser des questions peu susceptibles de ressortir de l'étude d'un seul cas : pourquoi un certain type d'événement a-t-il produit un résultat singulier dans un pays et un très différent dans un autre ? L'étude s'organise en trois paires de chapitres, chacune portant sur un type différent de crise nationale. La première paire concerne des crises dans deux pays (la Finlande et le Japon), qui ont éclaté lors d'un bouleversement soudain provoqué par un choc extérieur au pays. La deuxième paire concerne également des crises qui ont éclaté soudainement, mais en raison d'explosions internes (le Chili et l'Indonésie). La dernière paire décrit des crises qui n'ont pas éclaté d'un coup, mais qui se sont plutôt déployées progressivement (en Allemagne et en Australie), notamment en raison de tensions déclenchées par la Seconde Guerre mondiale. L'objectif exploratoire de Jared Diamond est de déterminer une douzaine de facteurs, hypothèses ou variables, destinés à être testés ultérieurement par des études quantitatives. Chemin faisant, la question est posée de savoir si les nations ont besoin de crises pour entreprendre de grands changements ; et si les dirigeants produisent des effets décisifs sur l'histoire. Tout en respectant la volonté première de ne pas discuter d'une actualité trop proche qui, faute de distance et perspective, rendrait le propos rapidement obsolète, un Épilogue, propre à l'édition française, esquisse, en l'état des données, une réflexion sur la pandémie du Covid-19.

  • Dans un monde traversé de violence et de changements de toutes natures liés entre autres à notre vision à court terme du progrès, comment lancer une insurrection des consciences, quel sens donner à nos vies et comment agir ? Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir, forts de leurs expériences riches et singulières, apportent ici un éclairage nouveau, pratique et spirituel sur les enjeux majeurs du XXIe siècle qui nous concernent tous.
    « Nous ne traversons pas un moment de crise anodin, nous vivons un moment décisif pour l'avenir de l'humanité. Comment s'extraire d'un système devenu fou et des logiques mortifères qui nous mènent à la catastrophe ? Nous avons chacun éprouvé combien les résistances au changement - en nous, comme dans le monde politique et économique - sont grandes. Nous avons vu la beauté de notre planète, la richesse de l'humanité, et nous avons souffert de les voir saccagées.
    Pourtant, comme tant d'autres, nous refusons de nous résigner.
    Un autre monde est à notre portée. Un monde fondé sur l'humilité, la sobriété et le partage. Un monde où les joies profondes seraient plus désirées que les plaisirs éphémères. Un monde plus équitable, plus fraternel, davantage relié à la Terre. Ce monde n'est pas une utopie. Nous pouvons tous contribuer à le faire advenir.
    Mais cela ne sera possible que par une révolution des consciences.
    C'est à cette conversion de notre esprit et de nos modes de vie qu'aimerait contribuer modestement ce livre, fruit du partage de nos réflexions et de nos expériences. ».

    Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir

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